Être aidante familiale

C’est tenir au delà de ses forces

S’effondrer sous la douche en pleurant en silence

Hurler dans la voiture quand on est seule et en campagne

Se réveiller la nuit parce que l’échéance des factures approche et qu’on ne sait toujours pas comment on va les payer, tout en sachant que si on ne les paie pas ce sera bien pire.

Au sortir de la douche être là pour l’aîné qui craque.

Descendre vite de la voiture en arrivant à l’école de la petite qui s’est effondrée.

Enfiler son sourire en même temps que ses sous-vêtements après une nuit sans sommeil.

Être aidante familiale c’est finir par se taire et s’isoler parce que ceux qui ne savent pas, non seulement ne comprennent pas mais bouffent une précieuse énergie à donner des conseils non sollicités en recommandant la dernière thérapie quantique qui résout tout, prétendument, à dire un « prend soin de toi » qui ne peut plus être entendu, à plaindre alors qu’on voulait juste déposer, à juger alors qu’on fait plus que le maximum, puis à reprocher de les avoir inquiétés. Alors on se sait, et on porte seul.

Être aidante familial c’est taire ses propres difficultés à ses enfants ou son conjoint parce qu’ils sont loin d’être bêtes, qu’ils s’appuient complètement sur toi, et que s’ils te sentent un peu flancher, eux s’écroulent.

Être aidante familiale c’est gérer la confiance comme un budget. Être avare de vulnérabilité montrée sinon certains se servent et on est à découvert. Les agios à payer ne pourront jamais être remboursés.

Être aidante familiale c’est partir en douce aux urgences vérifier que c’est juste une crise d’anxiété et rien de plus, et revenir soutenir ses proches ses proches, eux qui sont victimes d’un système qui les maltraite et ne leur fait aucune place.

Être aidante familiale c’est accepter d’être la variable d’ajustement bénévole et corvéable à merci d’un état qui veut des êtres productifs et cotisants, qui n’a pas de place pour les non productifs ou abîmables.

Être aidante familiale c’est passer des heures à se défendre de ce même état et ses administrations qui font si peu d’efforts de facilitation et ne mesurent pas les bûches qu’ils leur mettent en travers de leur parcours déjà combattant.

Être aidante familiale c’est se voir rejeter d’un emploi classique parce que trop investie pour sa famille. Et écartée d’un emploi en pair aidance parce que visiblement pas assez marquée par la souffrance. Putain de sourire qui colle à la peau.

Être aidante familiale c’est répondre présente pour soulager la souffrance de ses proches alors que le corps flanche en souriant.

Être aidante familiale c’est vivre en apnée. Respirer au sourire de son proche, et expérimenter douze fois dans la journée que la crise violente arrive sans prévenir. Tout lâcher, et prendre soin de lui, en essayant d’expliquer aux autre comment le faire, eux aussi.

Être aidante familiale c’est, entre naïveté et espérance, croire que ce qu’on sème au quotidien permettra a ses proches de moins morfler, les outiller pour cette vie, et faire bouger un peu la société et les pratiques.

Etre aidante familiale c’est se rappeler que personne ne prendra soin de toi à ta place, et que c’est à toi d’entendre et poser tes limites. Y compris à ceux qui ont besoin de toi.

L’aidante familiale, entre force et vulnérabilité, celle sur qui tout se pose et se repose.

Celle à aider. Parce qu’une aidante soutenue, soutiendra mieux.

YAELLE